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 Poèmes persans

LE SABLE

Son grain tiède glisse entre les doigts telle une caresse,

Ainsi a glissé sur mon âme le doux sourire d’Aïcha. 

Mille autres sourires ont passé sur mon âme.

L’un y a fait une brûlure ; l’autre y a laissé un dard.

Où retrouver, dans le désert de ma vie,

Le grain de sable qui fut le sourire d’Aïcha ?

  

SON AMOUR

Tu as encensé mes yeux de gazelle.

Tu as exalté la musique de ma voix

Tu t’es enivré du printemps de mon corps.

Puis, tu as piétiné mon cœur.

  

ORGUEIL

À l’univers entier elle avait chanté son bonheur,

Et l’abeille butineuse contait à la rose cet amour unique.

Le jour où elle fut trahie nul ne le soupçonna,

Et les Délaissées, songeuses auprès de sa tombe, soupirent :

« Celle-là fut heureuse ».

 

ELLE EST MORTE…

À cette source elle a bu.

Elle est morte – et la source n’a pas tari. 

À ce miel elle a goûté.

Elle est morte – et le miel est resté aussi doux.

Sur ce rosier elle s’est penchée.

Elle est morte – et le rosier fleurit toujours. 

Mais mon cœur, elle l’avait pris entre ses mains.

Elle est morte – et mon cœur repose dans sa tombe.

  

LA SOIF

Sous la tente – ô ma bien-aimée – ce soir je t’attends.

Kérim ! Prends mon étendard et dresse-le en bannière d’allégresse au plus haut de ma tente.

Combien de lunes se sont-elles inscrites au firmament depuis que je suis altéré de toi – ô ma bien-aimée – car le sang répandu de mes ennemis n’a pas étanché la soif de mon cœur.

Le crépuscule guette déjà le jour expirant. Le soleil lance déjà son adieu royal dans une chevauchée flamboyante de nuages. Les voiles du soir s’étendent un à un sur la journée lassée ; ils enclosent de ténèbres les bouches convulsées des mourants et recueillent dans leurs plis silencieux le dernier cri de rage des vaincus.

Kérim ! Au sommet de la dune surgit la caravane, gardienne de mon trésor vivant !

Le vent du désert s’est levé. Assure-toi si son souffle fait fête à mon étendard déployé.

Ô mon cœur, mon cœur durci aux batailles, vos battements ont retrouvé le printemps de ma jeunesse défunte.

Kérim ! Le vent du désert fait rage. Sors de la tente et vois si mon étendard résiste à son souffle désordonné. L’étendard claque au vent – ô chérif – et chaque ondulation conte à la terre tes victoires.

Kérim ! Kérim ! Le vent du désert souffle en tem­pête. Va, jeune homme, soutenir de ton bras mâle l’étendard triomphateur.

Kérim obéit à son maître.

Il soulève la portière de la tente.

Et le sable l’aveugle.

Il franchit le seuil de la tente

Et la nuit l’enveloppe.

Il avance pour soutenir l’étendard

Et Safiah, l’Attendue, étanche sa soif à ses lèvres.

 

SI TU M’AVAIS DIT…

Si tu m’avais dit : Donne-moi ton coursier préféré,

Je t’aurais répondu : Prends sans scrupule mon coursier préféré,

Qu’importe ! Puisqu’à tes genoux tu m’enchaînes.

Si tu m’avais dit : Fais-moi l’offrande de tous tes trésors.

Je t’aurais répondu : Prends sans compter tous mes trésors.

Qu’importe ! Puisque je reste ton débiteur. 

Si tu m’avais dit : Fais-moi le don de tout ton sang,

Je t’aurais répondu : Prends sans remords tout mon sang,

Qu’importe ! Puisque tu as déjà mon âme entière.

Mais, si tu m’avais dit : Brise ton Kandjar,

Je t’aurais répondu : Femme, pas avant qu’il n’ait tranché ta tête !

 

CONFIDENCES

J’aime mieux la nuit, dit Aïcha,

Tout dort et je puis pleurer en silence.

J’aime mieux le jour, dit Zeineh,

Tout est joie et ma peine reste inaperçue.

 

SOUVENIR

À mes lèvres le goût du miel :

Son baiser.

Dans mon âme un reflet du paradis :

Ses yeux.

Dans mon cœur un poignard :

Ses serments.

  

QUERELLE

Pourquoi me demander – ô Gulnar – quel jour s’est incendié mon cœur, puisqu’aujourd’hui mon cœur n’est plus que cendres dispersées ?

Pourquoi me demander – ô Gulnar – quel jour nos sourires se sont parlés, puisqu’aujourd’hui le Lapidé lui-même n’aurait pas le pouvoir de confesser mes lèvres ?

Pourquoi me demander – ô Gulnar – quel jour mes pas foulèrent le sol sans frôler la fourmi, puisqu’aujourd’hui mon pied souhaiterait d’écraser tout ce qui respire ?

Et pourquoi demander – ô Gulnar – quel jour mon âme a fleuri puisque tes doigts ont jeté au vent la rose épanouie ?

Et toi me diras-tu – ô Mahmoud – quel jour Aïcha m’a dérobé un battement de ton cœur ?

Me diras-tu – ô Mahmoud – quel jour Aïcha reçut le choc de ton sourire complice ?

Me diras-tu quel jour tes pas t’ont d’eux-mêmes porté vers la fontaine d’El Latif ?

Et me diras-tu – ô Mahmoud – quel jour ton âme a tressailli devant Aïcha, penchée sur la source fraîche ?

Mais que sert de souder ensemble les chaînons du supplice ?

Rassure-toi – ô Pervers – ce soir tu pourras caresser sans forfait la joue de ton Impudique, car, j’en fais le serment sur le Lotus de la Limite, mes larmes plus jamais n’altèreront l’eau limpide de la source abhorrée.

Ces paroles dites, leurs regards se mêlèrent et ce fut à nouveau une matinée d’été.

 

TELLE QU’ELLE EST

Quand tu marches – ô Azizé – la gazelle se juge pesante et l’antilope entravée.

Quand tu souris – ô Azizé – les perles perdent aussitôt leur orient et les roses s’effeuillent, dépitées d’exhaler un parfum si grossier.

Quand tu chantes – ô Azizé – la fauvette critique le merle et le rossignol se tient coi.

Mais quand tu querelles – ô Azizé – le vézir et le calender se chamaillent et l’humanité entière doute de la bonté.

 

TELLE QU’IL S’EN RENCONTRE 

Quand tu ouvres la bouche – ô Gul-i-siah – j’aperçois une caverne où s’alignent des perles dédaignées du tellal.

Quand ton haleine m’atteint – ô Gul-i-siah – je porte sans délai la rose à mes narines.

Quand tu commences un récit – ô Gul-i-siah – les serpents sifflent dans les airs et les scorpions s’entre­tuent.

Et quand retombe le silence – ô Réprouvée – le monde n’est plus qu’un marécage au bord duquel tu as coassé.

 

PAGE LUE 

Je ne l’avais point encore aperçu

Que – déjà – il me trouvait belle.

Je ne lui avais point encore souri

Que – déjà – il avait éprouvé qu’il m’aimait.

Je ne lui avais point encore parlé

Que – déjà – il m’avait juré un amour éternel. 

Et quand – après – je l’ai regardé,

Il a détourné les yeux.

Et quand – après – je lui ai souri,

J’ai senti son cœur rassasié.

Et quand – après – j’ai balbutié « Je t’aime »

Il m’a répondu : Assez ! Azizé me plaît davantage.

 

LE JASMIN DOUBLE

Aïcha en a fait un collier qu’elle enroule à son cou, mais son doigt impatient a rompu le fil de soie.

Les jasmins se répandent en pluie odorante ; l’un reste pris dans ses cheveux dénoués, l’autre a glissé à terre, un autre est demeuré entre deux seins plus fer­mes que les chelils du mois d’amardâd.

Que ne donnerait Mansour pour être la fleur qui repose dans cette vallée d’amour !

Mais le cœur de la jeune fille est une source non encore épandue, et l’heure n’est point sonnée où des lèvres amoureuses mettront un collier de baisers au cou flexible d’Aïcha.

 

TRÈS PEU DE CHOSE

Un grain de sable dans Sa babouche

Que faut-il de plus pour allumer la jalousie d’Afrassiâb ?