Jeudi
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* Inquiétude ! Le courrier rapide, posté à grands frais vendredi dernier, n'est pas arrivé à Hanoi. L'enveloppe contenait les documents certifiés devant permettre à la sœur de Dulcinée de vendre le logement (Vieille Ville de Hanoi). Dulcinée lance les recherches en amont (up stream), alertant ses anciennes collègues, destinataires désignées.
Je le répète si souvent: ne créons pas un problème il nous tombe tout seul sur la tête ! Bon ça n'est pas dramatique, par prudence elle en avait fait établir des copies conformes.
..... Plus tard. Ouf c'est arrivé à... Saigon, demain le courrier sera délivré à ...Hanoi. Ce qui fera le huitième jour de voyage. Peut-être attendons-nous trop du "progrès" ?
* Notez, non, relevez mes efforts d'illustration.
On ne peut pas (prétendre) analyser toutes les actions observées autour de nous ou celles commises par des personnages médiatiques. Une action commence souvent par des paroles. En sujet politique c'est pourtant ce que nous, citoyens, faisons. On juge sur l'annonce d'un projet sans attendre sa réalisation.
- Élémentaire mon cher Dadounet.
Tout comme on lance (même seul, assis sur le bidet des WC) : - Quel imbécile ce..., faisant allusion à une célébrité (par exemple du cinéma) dont le commentaire sur une affaire nous déplaît. Ça peut aussi être l'opposé: - Ah, il, elle a bien raison ! Sean Penn et Catherine Deneuve nous en donnent un échantillon dans ces histoires de metoo et de balance ton porc. Mais les exemples sont innombrables, dans tous les domaines.
Ainsi récemment une amie faisait suivre un interview (un entretien en français) de Brigitte Bardot à un journaliste. Chacun connaît les engagements de cette vieille dame pour la cause animale et pour celle, moins noble, de la Vilaine Droite française. Vérification faite, cet interview est un faux, un montage. La vulgarité du ton m'étonnait. Car si je connais les affinités politiques de B.B. et ses coups de gueule, son "parler" reste le plus souvent courtois.
Je suis clair, ou plutôt: suis-je clair ? La bonne foi de mon amie n'est pas en doute.
La bonne foi c'est quoi ? Et subséquemment qu'est-ce que la mauvaise foi ?
- Mon Pauv'e Papy, tout ça pour en arriver là !
Revenons à ce courrier ultra-rapide momentanément perdu. En examinant la souche d'expédition en
notre possession on comprend vite les "raisons"(?) du problème. La dame de l'office postal a mal copié l'adresse donnée par Dulcinée. Dulcinée ayant rédigé cette adresse à la vietnamienne.
- À la vietnamienne ?
- Oui O Ma Juju, là-bas on se méfie de tout et surtout des fonctionnaires, therefore l'expéditeur inquiet et suspicieux rédigera la plus compliquée des adresses: le nom de la compagnie, celui de la réceptionniste, l'étage + numéro où se trouve le bureau, la rue + numéro, le district, la ville et le pays, et fortunément le numéro de téléphone, le tout in extenso. Évidemment la dame de la poste a fait une erreur par manque d'espace sur le formulaire, et, pire, Dulcinée n'a pas immédiatement relevé cette erreur.
- La bonne ou la mauvaise foi dans ton interminable résumé ?
- Voilà, O Ma Douce Amie, Mamcook (énervée) blâme (à distance) la dame de la poste: - Elle a mal recopié l'adresse que je lui ai donnée. - Oui mais tu as relu le document, tu aurais pu....
* Voyons. Moa, moa (introspection in process), suis-je parfois, souvent de mauvaise ou de bonne foi (la frontière entre la bonne et la mauvaise est minime) ?
Parfois, oui (un "parfois" ne mange pas de pain, there's no harm in trying), souvent... non. Ceci dit, combien de fois l'ai-écrit, la franchise, l'honnêteté, la vérité, la sincérité, la spontanéité sont comme les slips sales... à prendre avec des pincettes.
* C'est un slip sale de Elvis Presley qui fut vendu aux enchères en 2012 pour € 12'000.
Je ne suis pas fan de Sartre mais le texte est joli, on peut cliquer (dessous) sur "garçon de café" et "en-soi" pour aller plus loin en compagnie de ce philosophe qui fréquentait souvent les terrasses de bistros.C'est en lien avec la mauvaise foi.
« Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa
voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu’il rétablit perpétuellement d’un mouvement léger du bras et de la main. Toute sa conduite nous semble un jeu. Il s’applique à enchaîner ses mouvements comme s’ils étaient des mécanismes se commandant les uns les autres, sa mimique et sa voix même semblent des mécanismes ; il se donne la prestesse et la rapidité impitoyable des choses. Il joue, il s’amuse.
Mais à quoi donc joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café […].
Voilà bien des précautions pour emprisonner l’homme dans ce qu’il est. Comme si nous vivions dans la crainte perpétuelle qu’il n’y échappe, qu’il ne déborde et n’élude tout à coup sa condition. Mais c’est que, parallèlement, du dedans le garçon de café ne peut être immédiatement garçon de café, au sens où cet encrier est encrier, où le verre est verre. […]
Pourtant il ne fait pas de doute que je suis en un sens garçon de café – sinon ne pourrais-je m’appeler aussi bien diplomate ou journaliste ? Mais si je le suis, ce ne peut être sur le mode de l’être-en-soi. Je suis sur le mode d’être ce que je ne suis pas. Il ne s’agit pas seulement des conditions sociales, d’ailleurs ; je ne suis jamais aucune de mes attitudes, aucune de mes conduites. Le beau parleur est celui qui joue à parler, parce qu’il ne peut être parlant : l’élève attentif qui veut être attentif, l’œil rivé sur le maître, les oreilles grandes ouvertes, s’épuise à ce point à jouer l’attentif qu’il finit par ne plus rien écouter. Je ne puis dire ni que je suis ici ni que je n’y suis pas, au sens où l’on dit « cette boîte d’allumettes est sur la table » : ce serait confondre mon « être-dans-le-monde » avec un « être-au-milieu-du-monde ». Ni que je suis debout, ni que je suis assis : ce serait confondre mon corps avec la totalité idiosyncrasique dont il n’est qu’une des structures. De toute part j’échappe à l’être et pourtant je suis. »
L’introduction du mécanique dans sa gestuelle indique que le garçon de café tente d’être en soi (suivant la distinction ontologique de l’en soi, monde des objets, et du pour-soi, règne de l’homme), à se couler dans le monde en tant que chose. La conscience, nous dit Sartre, cherche toujours à coïncider avec elle-même, à se remplir d’être, à se faire “en-soi”, mais elle ne peut au fond se masquer le fait qu’elle n’est jamais ce qu’elle est, car l’homme, en tant qu’être réflexif, change dès qu’il prend conscience de lui-même : se dire naïf n’est plus tout à fait être naïf. Ainsi, le garçon de café s’invente une essence qui le soulagerait de sa liberté, mais ce n’est qu’une illusion qui tombe car la conscience ne disparaît jamais : je sais que je joue à être garçon de café.
La théorie de la mauvaise foi pose une thèse très forte sur l’existence : l’homme est un être plein de néant, mais il veut être l’être. La mauvaise foi renvoie à ce déchirement de la condition humaine, prise entre une liberté angoissante (néant) et une chosification réconfortante mais mystificatrice (être).
Lu sur la-Philo.
L.T.
(Restons-en la pour aujourd'hui, j'ai autre chose à faire)









