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Au gré de la plume
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21 novembre 2016

Dimanche, Noël - 35

 

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Culte à Arconciel, le village voisin. Cérémonie pour les nouveaux servants de messe.

Il y avait du monde et une dynamique chorale.

Sur le chemin du retour je m'arrête pour prendre l'apéro avec une dame

qui m'a beaucoup manqué ces derniers temps. 

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L.T.

P.S.: Un âne, oui un âne. Non, je me m'insulte pas devant le miroir. Vers la fin des années "90", j'avais un âne. Ce mammifère aux pieds ongulés appartient aux Équidés, pourtant il est le seul de cette famille à n'avoir que quatre vertèbres lombaires (ses cousins en ont cinq comme nous autres humains).

"Âne : de par son origine, l'âne n'a pas de nom indo-européen. Celui-ci est un héritage du Proche-Orient qui s'est répandu dans les langues européennes à partir du latin. Ainsi le latin asinus, dérivé du sumérien anshu, est passé dans l'ensemble des langues, sauf dans le roumain. Seul le « A » accentué est présent dans l'ensemble des langues, comme asino en italien, asnoen espagnol et portugais, ase en occitan et âne en francais Dans le langage familier, le terme « bourrique » est issu de l'espagnol borrico, dérivé lui-même du bas latin burricus désignant un petit cheval." Wikipedia.

Cet âne n'existait pas. Ces années-là j'avais un patron qui débarquait trois fois l'an, Paris à Saigon, un homme généreux, compréhensif mais maniaque ou trop pointilleux. Son travail consistait à recadrer nos activités, à les harmoniser avec la Haute Stratégie du Siège. On comprend facilement le souci des multinationales, pensons de manière caricaturale au lait en poudre de Nestlé, au forage pétrolier d'Exxon, aux médicaments "contre" le SIDA,... ces puissantes dames ne peuvent se permettre trop de scandales.

Et cet homme faisait bien son travail. Sa réelle passion était l'étude des Aztèques. Voilà, parfois mon Centurion gaulois devenait tout bonnement chiant, exaspérant. En plus... il avait souvent raison ! 

Ainsi, un soir, ayant achevé son pensum d'inquisiteur, il insistait pour que nous partagions un meilleur repas avant  de retourner au Saint Siège. L'atmosphère se détendait. Nous parlions des Aztèques, du Monde et de ma vie quotidienne, on oubliait enfin le commerce des médicaments et les hérésies de mon impétueuse équipe vietnamienne. 

Ainsi, un soir, je lui racontai avoir sauvé un vieil âne de la boucherie. Mon récit prit de l'ampleur avant le dessert. Le baudet finissait sa vie chez un paysan que je rétribuais. Il m'arrivait, osais-je préciser, de passer par surprise à fin de m'assurer de l'honnêteté du campagnard. Qu'on rationne son picotin, passe encore mais que personne ne le tape plus et qu'aucun gamin ne lui lance des cailloux. 

- Ne faites jamais confiance à un Vietnamien me répétait souvent mon gentil chef de passage à la fin d'une réunion. 

- Pour mon âne, pas d'inquiétude lui dis-je, le contendin * a intérêt à ce que mon âne vive longtemps. 

Les années au gré des visites de mon chef, parfois de la cohorte l'accompagnant (chef du chef, chef comptable, chef marketing, les gens du Siège aiment voyager), au gré des ans-don j'entretenais tardivement mes "touristes" en leur parlant de cet âne. Mon âne tonkinois broutant son herbe tonkinoise, ses occasionnelles coliques (l'intestin des ânes est très fragile), ses fugues dans les rizières,...

Y croyait-on vraiment à mon bourricot ? Il arrivait qu'à la fin d'un "fax" parisien quelqu'un s'inquiétât de sa santé. Je répondais gentiment: " Aux dernières nouvelles il va bien, merci".  

Pourquoi, comment une pareille affabulation pouvait-elle me défouler (let off steam) ? L'amusant c'est que je me pris de tendresse pour cette vieille bête inventée un soir de rogne.

Et puis quelque temps après notre atterrissage en Suisse, juillet 2013, de bricolage en bricolage, je me mis à produire des ânes. Un pour notre petite crèche de Noël, un autre avec une charette (pas trop lourde), un âne plaisantin, un fataliste... Un rigolard comme Fernandel *,... les fidèles visiteurs, visiteuses de mon bloguinatzet connaissent mon affection pour les répétitions. 

A force d'en découper dans le bois mon âne a repris vie, il porte même un nom : Dinky, devenant bien vite Dinkounet tant j'aime les rallonges. Il fait partie de notre univers, mieux Dulcinée lui accorde droit de résidence et chaque fois qu'elle achète des carottes chez Lidl elle annonce que "c'est pour Dinkounet".

Dinkounet n'a qu'un vocabulaire limité: "Hiiiii". Pourtant cet unique "Hiiiii" lui permet d'exprimer toutes ses humeurs. C'est un être simple, un compagnon aimable et poli. Il lui arrive de roter et/ou de péter (l'appareil digestif des ânes est fragile écrivais-je plus haut). Il a cependant un défaut, le besoin constant d'être rassuré, en particulier sur la réserve de carottes disponible. Sa vue n'étant plus ce qu'elle fut autrefois au nord du Tonkin, Dinkounet confond parfois une banane avec une carotte. Il ne s'offusque pas de nous voir rire de sa méprise et de la bouille ** qu'il pousse en la comprenant. 

* Contandin: 

I. Emploi adj. Caractéristique du paysan. Le superbe paysan (...) la veste contadine sur l'épaule (A. Daudet, Numa Roumestan,1881, p. 160). 

II.− Emploi subst. Habitant de la campagne, paysan. Tandis que j'étais tout purement et tout simplement l'objet des agaceries d'une contadine; et remarquez que je dis contadine pour ne pas dire paysanne (A. Dumas Père, Le Comte de Monte-Cristo,t. 1, 1846, p. 590).

Rem. Cet italianisme s'emploie assez fréquemment dans un contexte ital. (ou prov.) (cf. Larbaud, A.O. Barnabooth,1913, p. 132; A. Suarès, Voyage du Condottière, t. 2, 1932, p. 169; Giono, Angelo, 1958, p. 18). 
Prononc. : [kɔ ̃tadε ̃], fém. [-in]. Homon. comtadin (de comtat). Étymol. et Hist. 1537 subst. contandin (Le Courtisan de B. Castiglione, trad. de l'ital., livre I, 42 v. ds Quem.); 1566 id. contadin (C.D.K.P., trad. de Gelli, Discours fantast. de Justin Tonnelier, Disc. IV, p. 138 ds Hug.). Empr. à l'ital. contadino « paysan », subst. attesté dep. début xvies. (Castiglione ds Batt.; cf. trad. fr. cité supra), d'abord adj. « de la campagne » (dep. 1322 ds Batt.), dér. de contado « campagne autour d'une ville », proprement « comté » (v. ce mot). Fréq. abs. littér. : 7. Bbg. Goug. Mots. t. 1 1962, p. 156. − Hope 1971, pp. 182-183. − Wind 1928, p. 149, 201.
CNRTL
* Fernand Contandin: Fernandel — Wikipédia
 
** Bouille, la tête en argot. Mais les curieux se réjouiront d'en découvrir plus sur les origines de ce mot.

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