09 novembre 2018

Jeudi...

 

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 Ouf ! Souvent mes approches (d'un sujet) paraissent naïves, elles le sont. Toujours cette affaire d'amateur qui ramène sa fraise (stick your oar in, stick or put your two-cents worth in *). Hier le snooker (TV) m'a permis d'échapper à "la nouvelle du jour" : le renouvellement partiel du Congrès américain.

Comment expliquer, simplement comprendre, qu'on puisse être "touché" par une votation si lointaine ? Est-ce une sensibilité particulière d'occidental ? Je le pense. Qu'il le reconnaisse ou pas, l'homme occidental garde en lui le sentiment d'une supériorité intellectuelle... ce qui ne l'empêche pas d'admirer et d'encourager le talent d'autres personnes à travers le monde. Je comprends cet homo occidentalis, ses choix (options) sont réduits: arrogance ou culpabilisation.

En somme, depuis deux ans le comportement du Gros Con de Président américain fait qu'on se sent tous sales. L'homme est grossier, il divise, il ment, son orgueil n'a aucune limite. Qu'il gouverne à sa façon c'est logique, la manière est détestable, toujours un gagnant un perdant, un bon un mauvais. On est loin de l'esprit de la Constitution américaine (qui précéda la française). Si encore c'était une lutte entre le peuple-d'en-bas et des élites (ou inversement). Comparer un instant cet homme aux Lumières du XVIIIeme siècle. La honte nous saisit... nous saisit la grappe !

Bref je me sens "touché" mais pas coulé !

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- Et c'est parti, O Mon Papy...

En me lançant sur quelques chemins (être touché par une attention, par un deuil, par un commentaire, par la peine d'une personne proche...) je comprends vite que philosophes et psychologues s'intéressent surtout au "toucher" comme acte physique. C'est aussi un sujet à revoir à l'heure où "toucher" devient un acte punissable.

L'Œil et la main : la « métaphysique du toucher » dans la philosophie française, de Ravaisson à Derrida | Cairn.info

Le "touché" comme blessure, réelle ou ressentie, c'est un sujet complètement différent, différent dans leur système de segmentation des sentiments humains. 

Que redoute t-on dans la blessure morale ? - Philosophie - Forum Fr

De la BLESSURE INTIME - LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl

Ce texte est aussi naïf, on a vite l'impression d'avoir déjà entendu cela 1000 x. Ce que je retiens (telle est la nature humaine, elle ne retient que ce qui lui convient), ce que je retiens, don, c'est qu'il est difficile de tenir un blogue en essayant de ne pas trop montrer et de ne pas trop cacher, tout en s'exposant.

Vieillir présente enfin un avantage, le paraître devient moins important. 

Sans doute avons-nous, chacun d'entre nous, notre blessure secrète, une zone psychique particulièrement délicate où la moindre égratignure peut provoquer les plus grandes souffrances. Par un certain coté de nous-même nous savons bien qu'elle est là, tapie dans l'ombre, mais en général nous évitons soigneusement de la considérer, nous maintenons la fiction de l'ignorance pour nous rassurer sur notre propre compte, et pour conserver une image aimable de nous-même. En quoi nous avons tort, car de la sorte nous nous privons d'une connaissance essentielle. Cela démontre une fois de plus que le ressort inavoué du savoir est le maintien du non-savoir.

De toute manière ce secret, si c'en est un, finit toujours par se révéler au grand jour. Il y suffit d'occurrences un peu particulières, comme la ruine d'une amitié, une rupture sentimentale, un échec ou une déception. Alors la plaie s'ouvre béante, exposant ses arcanes de douleur rentrée, de ressentiment, de désespoir et d'attente, de désirs impossibles. Alors l'enfant qui est en nous retrouve ses plaintes et ses douleurs d'enfant, et dans un spasme expulse soudainement la kyrielle de ses contrariétés, ou dans un cri déchire l'image conventionnelle, l'habillage social qui lui servaient de masque et de faire-valoir. Moment fécond, qu'il faudrait écouter et entendre, élaborer par la parole. Exprimer violemment ses motions ne suffit jamais, il faut analyser plus loin.

Refouler c'est remettre à plus tard, et cela revient toujours. Se fâcher, crier, violenter ne mène pas à grand chose, et, la crise passée, les affaires reprennent leur cours banal et ordinaire. Il faut élaborer, perlaborer, travailler au travers. La blessure exhibée appelle de nous un travail de vérité.

"Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l'incarner". Elle existait avant moi par ce qu'elle est la marque d'une inadéquation originelle, d'un impossible structural. On m'a demandé de m'inscrire dans le régime général et conventionnel du langage, de dire mes désirs et mes demandes, de transformer mon être originel en être social, de me plier à l'ordre symbolique et d'y incarner socialement mon désir, et comment voulez-vous que cela puisse marcher, se faire sans hiatus, sans révolte, sans douleur, sans cri et sans contestation? On me demande de renoncer à mon être même pour épouser cette forme conventionnelle et controuvée de l'enfant adapté, du mari fidèle, du père de famille responsable, de l'employé, du citoyen, et que sais-je encore? Le contrat de socialisation est, selon les mots de Kant, "pathologiquement extorqué", et c'est ainsi que la blessure était là avant moi, et que moi, surgissant dans le monde, je me vois destiné à l'incarner.

On troque l'être pour le paraître, la vérité pour le semblant.

Cette affaire-là, chacun de nous la connaît, mais chacun à sa manière singulière, qui de manière douce et souple, qui dans la douleur de l'arrachement, mais jamais sans mal ni renoncements.

La blessure est la marque de l'obligation symbolique, marque au fer rouge quelquefois, mais toujours une blessure, qui tantôt cicatrise heureusement, tantôt reste béante, appelant de pauvres pommades inefficaces ou de belles transpositions créatives. De là s'origine le travail de l'écrivain, la passion de l'artiste, la pensée, heureuse ou malheureuse, répétitive ou novatrice, et la névrose, et la trop fameuse "résilience". Toute la question est de savoir comment la souffrance peut se transmuer en beauté.

Ce qui est clair en tout cas c'est que chacun, s'il veut évoluer en soi-même, est invité à travailler avec sa blessure. De faire avec comme on dit, non pas sur le mode passif de la plainte et du ressentiment, mais comme élément essentiel et central de la psyché. Tout le reste est relativement facile : l'adaptation, la socialisation externe et même la moralisation. Mais cela, cette blessure au fond de soi, requiert l'énergie la plus vive, la plus grande patience, le goût sublime de la connaissance, et un courage à toute épreuve. Nous avons, heureusement, dans l'histoire de la culture universelle, de beaux exemples qui nous montrent que la chose est possible.

 

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* Chercher l'équivalence de certaines expressions dans une autre langue est plus qu'un jeu, on entre dans un monde "étranger". L'origine d'une expression apparait comme une énigme à résoudre. "Stick your oar in" par exemple. 

Ähnliches Foto

Ursula K Le Guin employed it as a neat reference back to its original context in The Dispossessed: “An old adviser, Ferdaz ... liked to stick his oar in even when it steered the boat off the course he wanted.”

The expression dates back to the sixteenth century and has turned up in all sorts of different formulations down the centuries. The original was to have an oar in every man’s boat, meaning to be involved in every man’s business or affairs. Variations include he’ll have an oar in everythinghe will put in his oar, and don’t you put your oar in.

World Wide Words: Stick one’s oar in

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L.T.

P.S.: en relisant rapidement ce qui précède (snooker oblige) je pense aux Confessions de Rousseau. Il promet de dire sa vérité. Peut-être qu'à sa manière Montaigne est allé plus loin. 

Ecrire la vérité, dévoiler l'intimité de son âme :-))) n'est-ce pas ignoble ? 

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