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Cendres
de choses mortes, de maux perdus,
de contacts ineffables, de soupirs
muets ;

vives
flammes, auprès de vous elles m’entraînent en acte
pour que, d’inquiétude en inquiétude, je m’avance aux lisières
du sommeil ;

et au sommeil,
par ces liens tendres et passionnés
qu’ont la mère et son bambin,  en vous, cendres
je m’enfouis.

L’angoisse
cet écueil du passage, je la désarme. Comme un bienheureux
sur le chemin du paradis,
je monte l’escalier, je fais halte devant une porte
où je sonnais autrefois. Le temps
a cédé d’un coup.

_______________ Je me sens,
dans la peau et l’âme d’alors,
dans la lumière qui foudroie ; au cœur
une joie s’abat, aussi vertigineuse
que la fin.

________ Mais je ne crie pas.
________________________ Muet,
je quitte les ombres pour l’immense empire.

Umberto Saba, extrait de Parole (– Ultime cose – Mediterranee – Uccelli – Quasi un racconto) – Oscar Mondadori, 1966
Traduction © Valérie Brantôme, 2016